Ludovicien de souche, Christian Bettinger est un citadin champêtre,
un pied dans l’univers turbulent de la ville et l’autre dans
son potager ; amateur d’insolite et d’aventures mais
chérissant le calme de son foyer (Heureux qui, comme Ulysse …).
Par moments dilettante - il regrette lui-même d’avoir
négligé ses études - il sait aussi se montrer
terriblement stakhanoviste. Quand il s’engage avec passion dans
la photographie, il ne prend pas le chemin des écoliers. Il choisit
l’exigence graphique du noir et blanc, le grand angle pour coller
au plus près de son sujet et les heures passées au laboratoire
à peaufiner la qualité du grain et le velouté des
contrastes. S’aidant de conseils éclairés et, grâce
à un travail opiniâtre, il parvient à se faire un
petit nom dans le landernau. Las, le matériel coûte cher,
les photos de mariages et les piges pour les journaux rapportent peu.
Récemment chargé de famille, il opte pour la sécurité
et un travail, certes moins plaisant, mais stable et rémunérateur ;
la passion attendra. Dans sa cave, les bacs sont toujours pleins et l’agrandisseur
sous tension jusqu’au milieu de la nuit.
Et les temps changent… L’informatique cesse d’être
confidentielle, la toile pointe le bout de son nez. Quelle meilleure occasion
de se faire connaître ! Vite, oublier les premiers déboires,
les écrans bleus et les réinitialisations, entrer de plein
pied dans les logiciels de retouche d’image et, qui sait, construire
un site et se montrer au monde entier. Le challenge est difficile et les
heures ne se comptent plus. Qu’importe, vaille que vaille, une nouvelle
adresse est née, www.bettingerpictures.com , qui recueille d’emblée
un succès inattendu. Se pose alors la question : pourquoi
se limiter à scanner des images quand la technologie propose une
porte grande ouverte ? Le credo de l’époque tend à
dire : ‘’ jamais, au grand jamais, la photo numérique
n’arrivera à la finesse et à la pérennité
de la photo argentique". Sans remettre en cause ces convictions,
Christian fait l’acquisition d’un des premiers appareils,
pour voir…
Mordre dans un fruit vert est toujours plaisant mais l’amertume
vient vite, à quoi peut servir une nouvelle technique si elle n’est
que redondante ? Une rencontre fortuite l’oriente vers la photo
panoramique et c’est le déclic : là, peut-être,
est la terre vierge où le rêve devient tangible. Restons
calmes, au moins cela a le mérite d’amener quelque chose
de neuf ! Apprivoiser un outil est un travail de longue haleine,
assembler des clichés impose une parfaite maîtrise de l’exposition
et de longues heures devant l’écran à rafistoler les
défauts pixel à pixel - sans compter ce fichu problème
de point nodal qui vient tout perturber. Et la technologie va si vite,
sans cesse de nouveaux matériels, des logiciels inédits,
à peine achetés et déjà obsolètes.
Heureusement, les premières réussites sont là et
après l’ apprentissage de l’alphabet vient le temps
d’inventer un langage, cela devient vraiment intéressant.
Le format est inhabituel, la composition de l’image est à
revisiter, et puis la couleur a aussi ses exigences et il faut se forger
un œil neuf, partir à l’aventure et puis… se faire
une place au soleil !
Sa plaquette est un peu une étape dans un grand vagabondage.
Petit à petit, au fil de quelques expositions et grâce à
son site Internet, Christian Bettinger a su toucher un public ; sa
participation à un concours organisé par l’éditeur
de logiciels Realviz lui a permit de décrocher une honorable place
de sixième sur plus de trois mille participants au niveau mondial
et des grands noms de la photo et de l’informatique comme Nikon
ou Adobe commencent à s’intéresser à son travail.
Quant à lui ? Il surveille jalousement les plants de tomates
qu’il vient de mettre en terre et se dit, qu’après
tout, il remettrait bien aussi en route son 6x6 et ses bacs à développement,
mais les a-t-il vraiment délaissés ?
Benoît Bandelier
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